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" Adieu à vous, Guillaume Depardieu, cher révolté! "

" Adieu à vous, Guillaume Depardieu, cher révolté! "
"J'ai souffert souvent, j'me suis trompé parfois mais j'ai aimé: c'est moi qui ai vécu".

EMMANUEL CUÉNOD | 14.10.2008 | 00:00

Un monumental gâchis. Voilà ce qu'on se dit depuis hier soir. Depuis, en fait, qu'on a appris «la nouvelle». Depardieu est mort. Pas Gérard, Guillaume. Le fils. Le rebelle. L'éclopé. Le maudit. Fauché à 37 ans par une pneumonie foudroyante. Parce que ça existe encore, en 2008, les pneumonies foudroyantes?

Absurde histoire, donc. D'autant plus absurde, d'ail­leurs, que Guillaume Depardieu collait tellement à l'idée que l'on se fait d'un survivant qu'on avait fini par le croire indestructible. Drogue, violence, alcool, conduite suicidaire: n'était-il pas revenu de tout ? Certes, son corps en portait les stigmates. Il y avait cette jambe qui le faisait tant souffrir et qu'il s'était finalement décidé à faire couper. Ce truc brisé au fond du regard et cette pâleur de junkie. Mais l'homme, en réalité, n'avait rien d'un fantôme. Il était plutôt rapide, vif, un peu gouailleur, un peu dandy. Et puis, surtout, c'était un dur à cuire. Un vrai. Sa vie en témoigne. Face au père, qu'il trouve absent et sans doute trop brutal, trop gargantuesque, Guillaume aurait pu se contenter de ne pas exister. Il choisira au contraire d'exister trop. Et de le faire savoir au monde entier. Pour son premier vrai rôle au cinéma, il décide ainsi de se confronter à nul autre qu'à l'ogre en personne. Papa.

C'est le réalisateur Alain Corneau qui signe cette première rencontre filmique. Elle se révélera fructueuse. Tous les matins du monde remporte une flopée de Césars et le prestigieux Prix Louis Delluc. Inespéré pour une histoire où il est avant tout question de l'art délicat de la viole de gambe telle qu'on la pratiquait au temps de Louis XIV.
Il y aura d'autres réunions familiales. Pour la télévision, le fils tournera avec son père un Napoléon, un Monte-Cristo, un Roi maudit (avec Julie, sa s½ur, en prime) et un Misérable. Mais c'est au cinéma, avec Aime ton père de Jacob Berger que l'on touche vraiment à l'intime. Les Depardieu s'écharpent à l'écran. Ils sont — hélas? — criants de vérité. Reste que Guillaume a aussi su s'affranchir de son encombrant patronyme. Il a obtenu un César du meilleur espoir pour Les apprentis de Pierre Salvadori, tourné avec l'explosif Jean-Pierre Mocky et collaboré avec Leos Carax, le cinéaste maudit du 7e art frenchie (Pola X). Autant dire qu'en matière d'art, le risque l'attirait.

Une bio qui pourrait nous faire dire, à la suite de la réalisatrice Josée Dayan, que plus que le fils de son père, Guillaume Depardieu était surtout «l'acteur le plus doué de sa génération». Une sorte de Rimbaud contemporain, prêchant son «dérèglement des sens» devant l'objectif d'une caméra. Après tout, lui aussi se fâchait, criait, vociférait contre ceux qui l'avaient mis au monde. Et lui aussi est parti sur une jambe. Comme Guillaume, Arthur avait exactement 37 ans.


Adieu à vous chers révoltés.
Guillaume Depardieu. Plus que le fils de son père, un acteur très doué.

[article publié dans La Tribune de Geneve]

# Posté le mercredi 15 octobre 2008 16:04

Modifié le vendredi 17 octobre 2008 11:58

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